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  • Philip Ribe

A l'étroit...


Avez-vous déjà expérimenté cette situation extrêmement déplaisante, être à l’étroit dans des vêtements trop petits. Depuis les chaussures qui compressent les orteils jusqu’aux chemises qui boudinent, en passant par les vestes impossibles à boutonner ? Pour les chanceux au physique d’échassier qui ne voient absolument pas de quoi je veux parler, imaginer ce que peut ressentir un lutteur de sumo qui voudrait prendre place dans une Twingo.

Être à l’étroit, ne pas avoir suffisamment d’espace pour se mouvoir… c’est ce que subissent une bonne partie de celles et ceux qui vivent le confinement dans des conditions spartiates, logements trop petits, absence de jardin, parfois même de balcon, manque d’intimité, impossibilité de faire de l’exercice… Être à l’étroit n’est définitivement pas une situation facile à vivre…

La semaine dernière, j’ai tenté avec des mots malhabiles et peu précis — on ne l’est jamais lorsqu’on veut décrire l’impalpable — de vous encourager à trouver, retrouver le chemin de votre être intérieur. Se reconnecter à soi-même dans le secret de son âme pour finalement y découvrir les accès du Royaume de Dieu qui demeurent en nous, ses enfants.

J’aimerai, ce mercredi, continuer cette exploration de notre topographie intérieure, une topographie aux dimensions variables, rien n’est jamais définitif dans ces territoires du dedans, puisqu’ils sont vivants.

Ce n’est pas une confession agréable à faire, mais si je veux rester honnête, je dois l’avouer, il y a des jours où je me sens à l’étroit au-dedans de moi-même. Je me retrouve dans la même situation que les hommes et les femmes de la première communauté chrétienne de la ville de Corinthe auxquels s’adressait un certain Paul :

« Nous venons de vous parler en toute franchise, nous vous avons largement ouvert notre cœur, vous n’y êtes pas à l’étroit, mais votre cœur s’est rétréci, rendez-nous la pareille, je vous parle comme à mes enfants, élargissez-vous, vous aussi… 1 »

Être étroit de cœur est une maladie infantile courante. Je suis le premier à vanter les mérites de l’enfance, posant en cela mes pieds dans les traces du Maitre qui nous encourage à venir à lui comme de petits enfants. J’aime la spontanéité, la fraicheur, l’imagination débordante, l’insouciance, la vitalité de l’enfance, mais, comme tout sur cette terre, l’enfance possède aussi un revers de médaille. La face sombre du royaume des bambins n’a rien à envier aux pires cauchemars des « grands » qu’ils deviendront un jour. Les enfants sont naturellement, spontanément, pleinement égocentriques. Ils assument avec fierté leur rôle de « centre de l’univers », ils savent avec certitude et sans l’ombre d’un doute qu’avant eux, il n’y avait rien, que hors d’eux il n’y a rien et que tout ce qui existe, dans ce monde et les autres, n’a qu’une raison d’être : les satisfaire. Je sais de quoi je parle, n’étant jamais vraiment sorti de l’enfance, malgré les apparences trompeuses du véhicule de location de mon âme.

Heureusement, s’il n’y a pas de vaccin contre l’étroitesse de cœur, si personne n’est à l’abri d’en souffrir un jour ou l’autre, ce n’est pas une maladie incurable. Il existe plusieurs traitements avec des résultats variables et des effets indésirables plus ou moins importants.

Parfois l’étroitesse de cœur est la conséquence d’une cécité doublée de surdité — je parle de la vue et de l’ouïe du cœur, bien évidemment — il existe un traitement de choc, un remède violent qui nous est administré sans que nous l’ayons désiré, à « l’insu de notre plein gré », selon l’expression consacrée. Vous le savez déjà, la matière active de ce médicament est « L’épreuve imprévue ». Il est fabriqué depuis si longtemps que d’immenses quantités de génériques existent, il est ainsi commercialisé sous des noms aussi différents que : Difficulté, Embûche, Catastrophe, Galère, Détresse, Problèmes, Emmerdes, Crise…

Les dosages sont différents, mais l’idée est la même une situation inattendue et désagréable nous atteint sans prévenir. Nos yeux s’ouvrent, nous avons mal – au cœur — ce qui nous rappelle que nous en avons un. Notre angle de vue change, notre appréciation de ce qui est important ou pas aussi, et très souvent, nous en ressortons avec un cœur un peu plus grand, un peu plus large. Il faut quand même mentionner pour être honnête qu’il peut y avoir des effets secondaires à ce traitement chez certaines personnes il peut produire de l’amertume, l’amertume qui, comme tout le monde le sait, est un rétrécisseur d’âme.

C’est la raison pour laquelle, il vaut mieux, quand on a le choix, utiliser l’autre chemin thérapeutique. C’est un procédé bien moins douloureux, quoique parfois…

Il n’est pas toujours disponible dans les pharmacies humaines, certains patients — ils portent bien leur nom — courent après toute leur vie, et arrivent toujours avec un train de retard. Il est lui aussi très ancien et se retrouve, comme le traitement précédent, dans divers génériques, là encore avec des dosages et des noms différents, vous l’avez déjà deviné, je veux parler de l’Amour et de ses dérivées plus ou moins purs : Passion, Amitié, Fraternité, Bienveillance, Bonté, Gentillesse, Prévenance, Compassion. Le plus pur étant sans aucune discussion possible, l’amour maternel, suivi de près, dans certains cas par l’amour paternel. Ces deux préparations élargissent le cœur avec une rapidité surprenante. Mais avec du temps, les autres génériques peuvent produire pratiquement le même effet.

Il y a là aussi possibilité d’effets secondaires indésirables, parfois extrêmement douloureux. L’amour et ses dérivés dilate le cœur, mais il diminue les défenses immunitaires, un cœur qui aime, s’élargit, mais devient vulnérable, il perd ses protections, sa dureté et se met ainsi en danger. Il n’y a pas de vaccin contre ce risque, il faut l’accepter.

S’il existe une preuve irréfutable de l’impossibilité d’éviter ce risque, elle se trouve dans l’histoire d’amour la plus extraordinaire qui soit, celle d’un Dieu tout puissant pour ses minuscules créatures. Il les a tellement aimés, qu’il en a perdu la vie, son cœur s’est tellement élargi qu’il a littéralement éclaté, avant d’être, cruellement transpercé par un morceau d’acier froid et tranchant. C’est cet évènement tragique que nous allons mondialement nous remémorer ce vendredi.

Il y a, heureusement, une bonne nouvelle pour conclure ce petit mot qui serait sinon terriblement déprimant. L’Amour était tellement pur dans ce cœur d’Homme-Dieu, que la mort a dû le recracher, incapable de l’avaler. Revenu parmi les vivants pour toujours, il est à jamais le Dieu au cœur brisé, mais un cœur infiniment large, tellement vaste qu’il peut accueillir tous les humains qui veulent bien s’y réfugier, sans condition de race, de classe, de revenu, de mérite ou de succès.

Et c’est là le meilleur traitement pour élargir nos cœurs, un traitement sans aucun effet secondaire négatif, se laisser aimer par ce cœur infini, se laisser tranquillement remplir de cet amour totalement pur. Il dilate nos âmes dans des proportions inimaginables, il nous rend généreux, nous libère de l’égoïsme, de l’étroitesse, de l’avarice intérieure, et de toutes formes de rétrécissement.

Je vous souhaite de célébrer cette Pâque, le cœur agrandi par l’amour, délivré d’une vie intérieure étriquée, à l’aise dans une âme qui ne vous gêne pas aux entournures.

Largement vôtre,

Philip


1. 2 Corinthiens 6.12 & 13

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© 2015 par Philip Ribe

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