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  • Philip Ribe

Confinés en enfer ou au paradis ?


Il suffit de peu pour basculer de l’un à l’autre. Comme dans une recette sophistiquée, l’absence d’un ingrédient ou le surdosage d’un autre peut faire passer le plat du sublime à l’immangeable. Je suis bien conscient que les réalités matérielles sont importantes, la taille de votre logement, le nombre de pièces, avoir un balcon, une terrasse, un jardin ou pas, tout cela change réellement la donne, mais il me semble pourtant qu’il y a un élément encore plus important pour déterminer la nature de notre confinement : la paix ou l’absence de paix. Il ne peut pas y en avoir trop, mais si elle est aux abonnés absents, ce qui pourrait n’être qu’un moment particulier se transforme en cauchemar, un cauchemar auquel on ne peut échapper en se réveillant, puisque l’on est déjà éveillé… et même le sommeil n’apporte pas une trêve véritable si nous vivons loin de la paix.

Mais qu’est-ce que la paix ?

Très souvent, elle est définie par l’absence de guerre. Il suffit pourtant de quelques secondes de réflexion pour s’apercevoir combien cette explication est incomplète, pour ne pas dire franchement fausse. Qu’il s’agisse d’individus, de nations, de groupes ethniques ou religieux, l’absence de guerre, qui est tout de même une bonne chose, n’est pas la paix. On ne peut oublier la — tristement célèbre — citation attribuée à Jules César : qui veut la paix, prépare la guerre. Bien souvent, l’absence de lutte ne signifie rien de plus qu’une pause dans les affrontements pour mieux se préparer aux suivants, et dans le domaine relationnel, lorsque l’absence de combat ne reflète qu’une guerre de tranchées ou une « guerre froide », nous sommes aux antipodes de la paix.

Si la paix ne peut être réduite à une définition négative telle que l’absence de conflit, de quoi est-elle constituée ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

Elle est souvent comparée par les poètes à un fleuve fort et puissant au courant majestueux et aux rives verdoyantes… les poètes n’ont pas toujours tort, n’en déplaise à certains, il me semble même qu’ils sont souvent les prophètes des temps modernes.

Voyons un peu, si vous me le permettez, ce qui se cache derrière cette image. Si la Paix est fleuve, sa nature profonde résulte des apports des différents cours d’eau qui la constituent. Je vous propose un petit voyage à la découverte de ses affluents. Pour celles et ceux qui veulent encore me suivre, embarquement immédiat !

Le premier a sa source en terre de confiance. Elle sourd doucement du sol, discrète, silencieuse et lente, il lui faut un temps infini pour commencer à former un ruisselet et encore plus longtemps pour qu’elle devienne torrent. A ses débuts, le moindre obstacle peut devenir barrage, elle est alors absorbée dans des failles profondes.

Elle ne retrouvera jamais exactement le même chemin, et pour qu’elle trace à nouveau son lit, il faudra attendre longtemps. Pourtant si elle n’est pas découragée, elle deviendra vigoureuse et constituera un apport essentiel au fleuve Paix.

Le respect de l’altérité est un autre affluent majeur. Reconnaître l’autre distinct de soi, désirer le comprendre, le respecter pour qui il est, dans ses différences, l’apprécier sans pour autant se sentir dans l’obligation de devenir comme lui, s’enrichir de ses particularités sans perdre son identité, faire des différences une occasion de s’affûter mutuellement, de se nourrir pour grandir dans sa propre personnalité. En se mêlant aux eaux de la confiance, l’altérité prend de la puissance autant qu’elle en apporte.

Dans les écoulements qui alimentent la Paix, il ne faut pas négliger la source de l’espérance. C’est une eau vive et riante, elle scintille des reflets du ciel ; sans en lever les secrets, elle nous en offre les prémices et nous stimule à le désirer. C’est aussi une eau poissonneuse, porteuse de renouvellement, elle stimule la vie, l’encourage et la nourrit, c’est elle qui donne au fleuve cet arrière-goût d’espoir, d’optimisme, de courage pour affronter le jour d’après.

Et puis, bien évidemment, il y a les innombrables résurgences de la source Amour. Que ce soit goutte à goutte, avec parcimonie ou bien avec fluidité et abondance dans le murmure chantant du ruisseau, par le suintement d’un rocher ou le jaillissement d’un puits artésien, l’amour trace son lit par une infinité de chemins pour rejoindre le fleuve de la Paix et lui apporter ses nombreux limons nourriciers.

Ces diverses rivières s’assemblent en un tout cohérent, harmonieux, sans perdre pour autant les qualités particulières de chaque affluent ; le fleuve trace son chemin jusqu’à l’infini de l’océan, avant de se faire nuage, de retourner à ses sources dans un cycle éternel et inusable.

Si je ne vous ai pas totalement perdus, embourbés sur ses berges, ou noyés, dans ma métaphore fluviale, vous avez peut-être compris l’essentiel, la paix est vivante, avec tout ce que le fait d’être vivant implique, la fragilité, l’imprévisibilité, mais aussi la possibilité de grandir, de se nourrir, de se développer et de porter des fruits.

Mon expression préférée, parmi toutes celles que l’on peut former avec le mot « paix » est : « la paix règne… ».

Certaines contrefaçons grossières de la paix, l’étourdissement, l’oubli, l’abrutissement viennent sans effort, comme la mousse sur un mur privé de soleil. Ils se développent en l’absence de décision, ne nécessitent aucun effort, prospèrent sans demander d’autorisation, sans engager de dialogue ; ils atténuent eux aussi les craintes, les peurs, mais ne résolvent rien, n’apportent rien de positif, ils ne guérissent pas l’âme, ils la dessèchent plutôt et l’affament, il en va tout autrement pour la paix.

La paix est vivante, si je veux qu’elle agisse dans ma vie, il me faut la désirer, l’inviter, l’accueillir, la nourrir, en prendre soin et même lui obéir. Ce sont les conditions pour qu’elle « règne ».

La paix est vivante et comme tout ce qui vit, elle est un don de Dieu. Elle est même plus qu’un don, elle est, avec la grâce, l’une des intendantes de son royaume. Semblable à son maître, elle règne en servant, en donnant – ou plutôt en se donnant. Si nous comprenons sa véritable nature, si nous la respectons et la nourrissons, elle règne en nous en s’offrant elle-même. C’est ainsi que fonctionne le Royaume d’En-Haut, celui qui existe déjà en bas, dans les vallées cachées de nos cœurs.

J’ai mentionné à plusieurs reprises le besoin de nourrir la paix, peut-être vous demandez-vous ce que vous pouvez déposer dans son assiette... Elle aime tout ce qui est authentique, tout ce qui est véritable, elle se délecte des fruits de l’amour, mais son plat de consistance, ce qui lui remplit vraiment l’estomac, ce sont les promesses de Dieu, pas des promesses vagues et terre-à-terre, semblables à des colliers d’immunité contre le malheur, non de vraies et belles promesses comme je ne t’abandonnerai pas, je serai toujours avec toi, ou rien ne pourra se glisser entre toi et mon amour pour toi…

Mais je parle, je parle et je ne vous ai pas encore dit le plus important : elle a reçu de son Maître le pouvoir magnifique et surnaturel de changer l’enfer en paradis.

Vous le savez déjà, l’enfer comme la vie éternelle ne se définissent ni par la durée — les deux n’ont pas de fin — ni par la géographie, ils ne sont pas « quelque part ». Si la paix règne dans mon cœur, dans mes émotions, dans mes pensées, dans mes tripes et jusque dans mon inconscient, alors le paradis est partout où je me trouve, puisqu’il est en moi.

Mais si la paix est absente, alors, même si j’arrive à vivre sans conflit, ou tout au moins à m’étourdir suffisamment pour ne plus y penser, je vis déjà en enfer, sans espérance, sans pardon, sans amour et sans joie. L’excitation et l’agitation ne sont que des antalgiques aux effets rapidement évaporés, des cache-misères miteux et tristes, ils ne peuvent rivaliser avec la paix.

A moi de choisir où je veux vivre mon confinement, ou mon déconfinement d’ailleurs, peu importe, si je connais le secret de la paix, je transporte le paradis avec moi et j’expulse l’enfer de tous les endroits où je vis…

Alors, bien sûr, ce n’est ni une formule magique, ni un conte de fées, il y a ces journées interminables où la paix fuit notre âme comme la biche fuit le loup, mais de savoir que c’est possible, que la paix peut régner dans ma vie 1, la garder, la protéger au-delà d’une compréhension des évènements qui m’entourent, c’est déjà un immense réconfort. Je n’ai aucune garantie que les épreuves et la douleur ne m’atteindront pas, je n’ai même pas l’assurance de savoir ou de comprendre pourquoi ils s’abattent sur moi, mais j’ai la promesse de Sa paix dans ces moments de ténèbres. J’ai le droit, le devoir de la réclamer, de l’inviter, de chercher son réconfort. Elle est refuge dans la tempête, eau fraîche pour le gosier desséché, baume sur les blessures, présence pour l’esseulé, espérance pour le désespéré, trésor inestimable, la paix, Sa paix.

Que je puisse la désirer et la recevoir… c’est mon souhait le plus cher…

Paisiblement vôtre,

Philip

1 — Philippiens 4.6-7

PS Cet article ne traite pas de l’enfer que vivent ceux qui subissent des violences familiales aggravées par le confinement, dans ces situations dramatiques, la paix se trouve dans le recours aux autorités et parfois la fuite et l’éloignement.

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© 2015 par Philip Ribe

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