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  • Philip Ribe

Déconfinement & cohabitation


Le virus couronné nous a fait enfermer, assignés à résidence jusqu’à nouvel ordre, mais après plusieurs semaines à l’isolement, nous devons faire face à une nouvelle étape, un autre saut dans l’inconnu. Nous avons supporté l’enfermement pour ralentir l’épidémie, pour tenter de nous protéger provisoirement. Cela nous a menés dans une situation inédite, même pour nos aînés qui ont connu la guerre. Mais aujourd’hui, une évidence s’impose, nous allons devoir apprendre à vivre avec.

Nos efforts, notre solitude forcée ont porté des fruits, nos hôpitaux et surtout nos équipes médicales ont tenu bon, au prix d’un énorme dévouement, de beaucoup de courage, avec des pertes regrettables, mais le siège touche à sa fin. La situation du virus dehors, en liberté, et nous dedans, enfermés, ne peut perdurer éternellement. Bon gré, mal gré, avec quelques aller-retours possibles, nous allons découvrir la liberté conditionnelle en cohabitation.

Cette crise sanitaire planétaire majeure bouscule nos vies, nous prend au dépourvu, et nous sommes tous d’accord pour affirmer qu’elle n’a pas de précédent, mais en y réfléchissant un peu, elle a de fortes similitudes avec une autre crise — bien plus ancienne — qui continue de nous affecter aujourd’hui. Lorsque le mal a infecté le cœur des humains et qu’ils ont dû « sortir », abandonner le Jardin d’innocence qui avait été leur berceau, le problème de la cohabitation s’est posé. Je ne parle pas de la cohabitation des hommes et des femmes entre eux, bien qu’elle soit chaotique et digne d’un vrai récit, non, je veux parler de la cohabitation avec ce mal profond qui se tapit dans le cœur de chaque descendant de ces déconfinés du Paradis.

Les multiples expériences pratiquées au fil des millénaires passés nous ont démontré qu’il n’y avait pas de vaccin tout-puissant qui soit capable d’éradiquer le mal du cœur des êtres humains. La discipline, la philosophie, les innombrables religions et la raison elle-même n’ont pu détruire ce potentiel pour le mal incrusté en chacun de nous.

Le texte honnête et interrogateur de la chanson de Goldman : « Si j’étais né en 17 à Leidenstadt 1 », celui très lucide et dérangeant de Bénabar : « Différents 1 » ou le roman magistral d’Éric Emmanuel Schmitt : « La part de l’autre 1 », nous le rappellent avec force ; la possibilité du mal le plus horrible se trouve en chacun de nous. Comment aurions-nous réagi face à certaines situations de tension, que seraient nos vies si des évènements imprévus et violents nous avaient placés devant des choix difficiles, si nous étions nés ailleurs, à une autre époque ?

Nul ne peut le dire, mais si nous sommes honnêtes, si nous ne nous voilons pas la face devant les pensées qui montent du plus profond de notre âme, nous devons admettre que oui, nous sommes nous aussi capables du pire. Notre égoïsme, notre égocentrisme et le ferment de méchanceté qui sommeillent — plus ou moins profondément — en nous le rendent possible, il manque juste… une occasion.

N’oublions pas non plus que lorsque nous devenons les ouvriers actifs des desseins du mal ancré en nous, nous devenons dangereusement contagieux. Toute action, pensée ou attitude mauvaise peut provoquer chez ceux avec qui nous sommes en contact une activation du mal qui se trouve en eux aussi. Une fois activé, il se répand comme de l’huile dans une poêle bien chaude. La liste nauséabonde des actes indignes, horribles, cruels, commis en temps de guerre ou de catastrophe naturelle par des personnes que l’on aurait classées auparavant parmi « les braves gens » est tristement révélatrice.

Cependant, ce n’est pas non plus une fatalité, un penchant insurmontable. Le mal ne peut être éradiqué en nous, c’est un fait établi, mais nous pouvons apprendre à « cohabiter » en pratiquant la distanciation et les gestes barrières afin de ne pas tomber sous son contrôle, ne pas devenir les exécutants de ses plans.

Comme je l’ai mentionné précédemment, la réflexion philosophique — que l’on ne peut qu’approuver, l’amour de la sagesse doit toujours être encouragé — ne peut dans le meilleur des cas que nous servir de boussole. Elle nous indique la voie du bien, elle mobilise notre intelligence, notre réflexion, notre cohérence pour tracer un « meilleur chemin ». Malheureusement, même lorsqu’elle établit le bon cap, elle ne fournit pas nécessairement la force, la volonté, le courage d’y marcher et de s’y tenir, en tant que « poteau indicateur, elle est utile, mais elle ne peut presque rien contre le mal qui vient du dedans.

La discipline, pour ceux qui en ont reçu une bonne dose dans leur bagage génétique ou leur éducation, peut aider à maîtriser les conséquences visibles du mal, mais elle a ses limites. Les plus disciplinés peuvent soudain basculer dans le mal, si les circonstances, les frustrations, l’amertume ou le découragement produisent une pression trop forte.

La religion pour sa part — j’y inclus la religion “chrétienne” — s’attache à maîtriser les symptômes du mal, en donnant des lois, des principes, des codes à respecter pour tenir en échec cette énergie destructrice qui affecte l’intérieur de l’homme, elles peuvent, dans certains cas, proposer une éthique de valeur, mais sans neutraliser le mal à la racine.

Soyons honnêtes, ces divers modes de cohabitation avec le mal sont largement préférables à ne rien faire du tout, et incomparablement plus positifs que celui qui consiste à se livrer au mal pour lui obéir, en faire son dieu et son code de conduite.

Mais il existe une voie supérieure, réellement différente, innovante, surprenante, tellement merveilleuse que les premiers humains qui en ont entendu parler l’ont nommé “La Bonne Nouvelle”. Et ce n’était pas une formule religieuse, c’était la meilleure nouvelle possible ! Imaginez qu’aujourd’hui, un enfant fasse une annonce incroyable : la tisane de pissenlit neutralise définitivement l’action du Covid 19. Si après vérification c’était vrai, ce serait “La Bonne Nouvelle” du moment, probablement de notre génération et même de notre siècle.

La “tisane de pissenlit” qui neutralise le mal a un nom : l’Amour qui vient d’en Haut et qui peut résider au fond de nous. Attention, quand je parle de l’Amour, je ne pense pas à un état émotionnel fébrile et irrationnel provoqué par le désir ou l’un de ses avatars, non, je pense à l’Amour, le vrai, celui qui est toujours d’accord avec la Vérité, qui ne peut accepter l’injustice, qui est dénué d’égo, inconditionnel, infini et immortel.

Aussi longtemps que nous déambulerons sur cette planète, le mal sera présent en nous, mais si nous recevons très régulièrement, pour ne pas dire “très, très régulièrement” des doses suffisantes de cet Amour made in Cœur de Dieu, nous vivrons en rémission. Le mal, l’égoïsme, l’égocentrisme ne seront plus aux commandes. Par un renversement de situation qui ne manque pas d’humour, ce sont eux qui se retrouveront “confinés” en nous, paralysés par le taux d’Amour très élevé qui imbibera l’atmosphère de notre vie intérieure.

Attention ! Il ne s’agit pas d’une immunité définitive, mais d’un blocage temporaire, il peut cependant être presque permanent si nous allons constamment nous abreuver à la source de l’Amour. Cette immunité métamorphose la qualité de notre existence, et, cerise sur le gâteau, elle est positivement contagieuse, comme le mal engendre le mal, l’Amour communique l’amour et l’amour enfante le bien.

Nous avons beaucoup entendu parler, ces dernières semaines, du monde d’après, ce monde où tout serait différent, plus beau, plus humain, plus proche des vraies valeurs… La seule possibilité pour que ce soit vrai, pour qu’il y ait un après meilleur qu’avant serait que l’Amour soit déversé dans les cœurs d’une majorité d’humains. La peur, la crainte, les angoisses n’apportent aucun changement durable, les décisions que nous prenons lorsqu’elles nous oppressent sont une sorte de marchandage avec l’adversité, si je m’en sors, je ferai mieux, je ferai différemment… mais ce sont des promesses à ranger avec celles du genre : “demain on rase gratuit” ou “l’an prochain je ferai du sport”.

L’Amour, lui, est une motivation positive, au présent, un véritable carburant pour un changement en profondeur, une source d’énergie renouvelable pour penser, désirer, pratiquer, communiquer le bien.

Alors, restons prudents lors de ce déconfinement à venir, apprenons les gestes et les pratiques qui protègent pour cohabiter avec le virus, les masques, les lavages de mains, les distances... Mais n’oublions pas non plus l’autre cohabitation ! Faisons le choix, un moment après l’autre, de consentir à l’Amour pour vivre libre et bâtir autour de nous de petits territoires alternatifs sur lesquels l’Amour règne et transforme les vies.

Heureux de cohabiter avec vous sur ces enclaves d’Amour, qu’elles puissent prospérer en nous, par nous, pour nous et pour tous ceux qui nous entourent,

Philip

1 — Si vous ne les connaissez pas encore, je vous encourage à écouter ces deux morceaux et à lire ce superbe roman qui plongent dans les méandres du cœur humain et nous rappellent que le meilleur et le pire y cohabitent.

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© 2015 par Philip Ribe

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