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  • Philip Ribe

En mai, fait ce qu'il te plaît...

Mis à jour : mai 6



Quand on veut vraiment quelque chose, on finit toujours par l’obtenir. Mais parfois, ce qu’on voulait vraiment finit par nous tuer. Donald Miller

Aime Dieu et fais ce que tu veux… Saint Augustin.

Nous avons traversé un mois d’avril exceptionnel, nous étions tous enfermés et il n’a pas plu un seul jour. Le printemps a tracé sa route sans nous, mais il n’a pas pour autant arrêté le sablier. Nous voici au début du mois d’après avec le fameux proverbe : en mai, fais ce qu’il te plaît…

Nous aimerions bien faire ce qui nous plaît, mais voilà, nous ne pouvons pas, nous découvrons quelque chose de totalement inédit, le déconfinement par petites étapes, à tâtons, un pas en avant, un demi-pas en arrière, deux pas en arrière et trois en avant… une sorte de danse, mais une danse hésitante, déroutante, qui nous laisse perplexes et décontenancés. Nous ne pouvons pas aller prendre un verre au bistrot du coin, inviter notre partenaire au resto, se faire un ciné pour oublier, et je ne parle pas des accros aux matchs en tout genre, ils sont en manque sévère et supplient leur médecin de leur prescrire de la méthadone…

Nous étions persuadés que rien ne pourrait s’opposer à nos désirs. Nous l’avons voulu, ce monde de consommation, de déplacements illimités, nous nous sommes battus pour transformer notre monde en village, pour que Paris soit la banlieue de New York et New York la banlieue de Pékin. En disant « nous », je parle des humains en général et ceux des pays riches en particulier. Nous avons soutenu, utilisé pour notre profit un régime qui a mélangé le pire du capitalisme avec le pire d’une dictature communiste. Nous étions enchantés d’avoir des vêtements qui ne coûtent presque rien, des objets technologiques à des prix impossibles à obtenir en respectant ceux qui les produisent. Notre mois de mai a duré un certain temps, nous avons fait ce qui nous plaisait, et nous avons obtenu ce que nous voulions.

Mais parfois, ce que nous voulons vraiment finit par nous faire du mal. Avec, bien évidemment, une énorme dose d’injustice, parce que les milliers de morts de cette épidémie ne sont pas les premiers responsables de cette catastrophe. Ce sont — comme toujours — les plus pauvres, les plus faibles, les plus fragiles qui paient le plus lourd tribut et le compteur continue malheureusement de tourner.

Nous aurions presque pu croire que la leçon serait salutaire, que nous allions apprendre de ce malheur, que la peur serait l’énergie nécessaire pour réaliser ce que nous refusons de faire depuis des années. Mais il suffit de voir la file d’attente qui se forme devant le premier fast-food qui ouvre son drive, ou la façon dont les requins de la haute finance affûtent leurs dents en se frottant les mains pour comprendre, que non seulement nous n’avons rien appris, mais que nous allons recommencer à pédaler encore plus fort, pour rattraper le « retard » que nous avons pris, nous voulons à tout prix être à l’heure, pour le grand crash contre le mur qui se dresse devant nous.

Il existe pourtant une autre route, ce n’est pas un changement de société, la société c’est nous, ce n’est pas un changement de régime, de paradigme politique ou économique, bien que certains soient souhaitables, il nous faut avant tout un changement de cœur. N’oublions pas que c’est à partir d’un monde propre, en bon état, que nous avons fait ce que nous avons aujourd’hui. Il n’y a pas de Nouveau Monde possible pour « nous » si nous restons les mêmes. Il y a cependant un espoir de changement pour « moi » si je l’accepte, si je le désire.

Je dois emprunter une autre voie, celle que le Christ a tracée avant nous. Bien que le mal lui soit étranger, il a déclaré : « le Fils ne peut rien faire de sa propre initiative ; il agit seulement d’après ce qu’il voit faire au Père. Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également 1 ».

En apprenant à vivre dans la conscience de sa présence en moi, je dois faire le choix, moment après moment, de sa volonté, plutôt que faire ce qu’il me plaît.

Mais attention ! Faire la volonté de quelqu’un qui me connaît mieux que je ne me connais, qui m’aime d’un amour infini, n’est pas une corvée. C’est un chemin de satisfaction, de plénitude, de joie, de liberté même. Parce que de toute façon, je n’ai que deux possibilités, obéir sans réfléchir à mon égo dont je suis esclave, ou obéir de cœur et par amour à celui qui m’aime plus que lui-même, puisqu’il s’est totalement offert pour moi.

À chacun de voir, personne ne peut faire ce choix pour les autres, mais permettez-moi quand même de modifier un peu le dicton : en mai, plutôt que de faire ce qu’il te plaît, laisse l’amour te dérouter… ou pour le dire comme notre Auguste prédécesseur : « Aime Dieu, et fais ce que tu veux… »

Philip

1 — Jean 5.19

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© 2015 par Philip Ribe

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