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  • Philip Ribe

Solstice d'été...


Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Il faut qu’il croisse, et que je diminue. Jean 3. 28 - 30

Ce qui croit promptement, décroît aussi vite ; l’eau des ravins de montagnes se retire aussi rapidement qu’elle croît ; ainsi en est-il du cœur de l’homme. Proverbe Chinois

Les circonstances particulières induites par la pandémie n’ont pas arrêté le défilé du temps, en haut de nos agendas, juin s’est inscrit, laissant un mois de mai unique et plutôt particulier derrière lui. Ce sera un mois de juin sans Roland-Garros, sans examen pour le Bac, sans festivals, mais un mois de juin tout de même. Les plus longues soirées de l’année, le rhume des foins pour ceux qui sont allergiques, les apéros, même s’il y a moins de convives, sur la terrasse, un mois que nous aimons parce qu’il annonce l’arrivée des grandes vacances.

C’est aussi le mois du solstice d’été. Ce moment, pour l’hémisphère nord, où les jours sont les plus longs avant qu’ils commencent à décliner progressivement. Depuis la nuit des temps les solstices ont été fêtés et lorsque le christianisme, devenu religion d’État, décida de repeindre les vieilles fêtes païennes avec des couleurs « chrétiennes », il fut décidé que les célébrations qui accompagnaient cette période deviendraient la fête de la Saint Jean, entendez par là, Jean Baptiste, le cousin du Christ, celui qui vint sur terre pour ouvrir la voie du Messie. Je ne commenterai pas ici la pertinence de ces tentatives de récupération ni le côté artificiel de la chose, mais ce qui a décidé les théologiens de l’époque à attribuer cette période à Jean est la déclaration de ce dernier lorsqu’il se trouva en présence de Jésus : « il faut qu’il croisse et que je diminue…1 »

Jean était un prophète, le dernier d’une longue lignée qui annonçait une ère nouvelle, la venue du royaume de Dieu dans les cœurs, probablement sans comprendre toute la portée de ce qu’il venait d’annoncer, il proclamait la note dominante de ce royaume à venir : le chemin qui élève est un chemin qui descend.

Durant son séjour sur terre, le Christ s’est employé, par tous les moyens didactiques possibles et imaginables, à préparer ses disciples à cette réalité bouleversante. Un principe renversant, dans le sens le plus littéral du terme. Instinctivement, et, quelle que soit notre culture, pour nous humains, le but est d’arriver au sommet, être le meilleur, devenir le chef, posséder plus, contrôler mieux, s’élever, encore et encore, reprenant en cela un refrain déjà entonné par un vieil ennemi de notre Dieu : je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu… 2

Pas simplement s’élever pour vivre en hauteur, mais s’élever pour être au-dessus des autres. Ce désir attaché au cœur des hommes se traduit avec des intensités différentes, mais il est omniprésent. Depuis les compétitions sportives — relativement inoffensives — jusqu’aux guerres meurtrières, il suit l’épopée humaine comme les corbeaux les champs de bataille. Nos soi-disant pays civilisés ne sont pas exempts de ce syndrome de la domination. Les souffrances subies dans la sphère familiale, dans le domaine professionnel, dans les rapports sociaux sont là pour nous le rappeler et l’économie mondiale se cramponne à ce crédo comme la bernique 3 à son rocher, la croissance, toujours la croissance, rien que la croissance...

Églises et croyants ne sont pas épargnés par ce fléau, je préfère ne pas développer ce sujet tristement douloureux…

Pourtant, l’annonce de Jean Baptiste pour un chemin radicalement différent résonne encore aujourd’hui. Le progrès dans le monde spirituel ne vient pas de l’élévation, mais au contraire, de la décroissance. Il nous faut apprendre à laisser plus de place à la vie du Christ et servir notre prochain. Nous devons choisir le sentier qui descend en nous-mêmes pour rencontrer ce Dieu serviteur qui a choisi la décroissance jusqu’à se faire humain et, devenu homme, prendre volontairement la place du plus humble, celui qui se met à nu devant les autres pour leur laver les pieds.

N’oublions pas ces vérités essentielles, distraits que nous sommes dans la frénésie de l’après-confinement où la frustration d’un système mis en pause contre son gré ne désire qu’une chose, la croissance, la croissance et encore la croissance…

Soyons d’authentiques ambassadeurs du Royaume de Dieu, celui où l’on descend pour monter, où l’on sert pour diriger, où les faibles sont forts, où les pauvres sont les véritables riches… ce Royaume du « qui perd gagne », où l’unique monnaie qui a cours est l’amour inconditionnel, où le verbe prendre n’existe pas, mais ou donner et recevoir résument toutes les lois.

Alors, tout simplement, pour ce mois de juin, réjouissons-nous de ces longues journées et faisons notre la devise de Jean le Baptiseur, qu’Il croisse et que je diminue…

Philip.

1 – Jean 3. 30 2 — Ésaïe 14. 13 3 — De son vrai nom : Patella vulgata Linnæus, un mollusque gastéropode prosobranche qui s’accroche fortement aux rochers et aux coques des bateaux.

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© 2015 par Philip Ribe

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