Bonne ou mauvaise solitude ?


J’aime, j’aime, j’aime la solitude parfois, celle qu’on choisit pour discuter avec soi… Zaz. J’aime, j’aime…

Quand tout le monde se fut dispersé, il gravit une colline pour prier à l’écart. À la tombée de la nuit, il était là, tout seul. Matthieu 14.23

Même si Gilbert Bécaud a essayé de nous convaincre que « la solitude, ça n’existe pas… », elle est là, et bien là !

Mais il en va de la solitude comme du cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise solitude, la première est nourricière, la seconde destructrice.

Nous nous infligeons de grandes souffrances, nous nous privons de richesses insoupçonnées parce que nous ne savons pas choisir, désirer, choyer de vrais moments de belle solitude.

Suivant un schéma coutumier au cœur humain, nous fautons par désordre. Je n’entends pas par-là la façon dont nous rangeons notre chambre, notre bureau ou notre atelier, non, je veux parler de l’ordre selon lequel nous organisons les différents éléments de notre vie.

Nous redoutons la solitude, nous la fuyons dans un étourdissement d’activités verrouillées dans des agendas surchargés ; ils nous aident à détecter la moindre petite case vide afin de lui attribuer une tâche, un divertissement, une activité, ...

Cette absence de moment de solitude de qualité épuise nos ressources intérieures et finit par nous enfermer dans la pire solitude qui soit, celle qui nous déconnecte de nous-mêmes, des autres et de Dieu.

Je vais oser une petite parabole agricole et grinçante.

Un semeur sortit pour semer sa semence. Considérant son champ et influencé par l’air du temps, il trouva fort regrettable qu’il ne produise qu’une récolte par an. Justement, par le plus grand des hasards, un marchand de produits de synthèse à l’efficacité scientifiquement prouvée passait par-là. En moins de temps qu’il n’en faut à un brin d’herbe pour pousser, il avait vendu au paysan enchanté le nécessaire pour obtenir, non pas deux, mais trois récoltes par an, et chacune d’entre elles, plus abondantes que l’unique petite récolte que le champ produisait depuis des milliers d’années. Ravi, enchanté, le paysan ébloui sortit son porte-monnaie dépensant — plein d’optimisme — même les économies qu’il avait patiemment constituées, il n’avait plus peur de s’endetter, ses trois récoltes annuelles assureraient sa prospérité.

Quelques années plus tard, un entrefilet dans le journal local annonçait le suicide du paysan désespéré. Ruiné, endetté, il avait jeté l’éponge, sa terre, épuisée, lessivée ne produisait plus rien, devenue aussi fertile que de la brique cuite trois fois.

Semblables à ce paysan déconnecté du bon sens terrien, nous nous laissons séduire par l’hyperactivité. Motivés par la peur de la solitude qui nous renvoie à nous-mêmes, dans notre nudité, stimulés par l’impatience, contaminés par la culture du chiffre et du rendement, nous nous jetons à corps perdu dans toutes les activités qui se trouvent sur notre route pour finir esseulés, épuisés, amers parfois et désabusés.

Nous sommes pourtant censés être les disciples d’un certain Jésus connu pour avoir vécu sans agenda, décidant à l’improviste de rester quelques jours dans un village de Samaritains parce qu’il y avait des cœurs ouverts ; un homme qui fuyait régulièrement la foule et toutes ses sollicitations pour passer des nuits et des journées dans la solitude. Une solitude choisie, bienfaisante, riche en nutriments d’âme, elle prépare les cœurs pour la moisson qui viendra en son temps.

Ne nous laissons pas séduire par une vie « de synthèse » avec ses promesses mirobolantes de plaisirs permanents et incessants. Embrassons des instants de solitude choisie, laissons nos vies intérieures être renouvelées par ces périodes de jachère, respectons le rythme des saisons en attendant patiemment les fruits authentiques qui viendront en leur temps. La bonne solitude trace immanquablement un sentier qui rejoint les autres, et nous arrache à l’esseulement. Ressourcés et apaisés, nous découvrirons la richesse d’authentiques relations. Profitons de la douceur et de la beauté de l’automne pour nous retirer volontairement en solitude afin de préparer le printemps à venir.

Philip

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© 2015 par Philip Ribe

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