Jardiniers d'espérance...


Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour… Pierre Reverdy


Avant la fête de Pâques, sachant que l’heure était venue pour lui de quitter ce monde, Jésus donna à ceux qu’il aimait une marque suprême de son amour pour eux. Jean 13.1


Le voisinage est intrigué, la petite mamie d’en face a attendu que je sois de l’autre côté pour venir se pencher au-dessus de ma clôture, les joggeurs ralentissent malgré eux et se dévissent la tête pour observer, les copines de ma fille sont mortes de rire, j’entends distinctement les questions muettes des promeneurs de chiens : mais à quoi il joue ?


J’avoue qu’il y a de quoi se poser des questions. J’ai commencé par placer sur l’herbe devant ma maison des couches de cartons sur de grands rectangles de cinq mètres sur un. J’ai ensuite mis une couche de branches bien sèches sur les cartons. Des feuilles mortes et de petits branchages vieux de quelques années ont recouvert le tout. Finalement, je jette par-dessus mes stocks de compost soigneusement accumulés depuis un an et demi.


Vous être plus perspicaces que mes voisins, vous avez deviné, je prépare mes buttes pour mon futur jardin. Il me faudra encore les alimenter, ajouter couche sur couche, mais le processus est lancé. Bientôt, je pourrais mettre mes plantons en terre. Et ce ne sera que le début, il faudra surveiller l’humidité, faire la chasse aux limaces, attacher, tailler, arroser…


Contrairement à ce que dit le proverbe, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Elle est plus verte là où elle est arrosée…[1] Le jardin est plus beau, là où on prend soin de lui… et pour en prendre soin il faut l’aimer.

Les milliers d’hectares imbibés de désherbants, abreuvés de pesticides, saturés d’engrais de synthèse donnent des produits qui remplissent le ventre, détruisent la santé, tuent les abeilles, les insectes, les oiseaux les papillons et enrichissent des humains qui n’aiment rien d’autre qu’eux-mêmes, leur compte en banque et le pouvoir qu’ils en retirent.


Lorsqu’il s’est fait homme, le concepteur de ce que nous appelons la nature s’est contenté de cultiver un petit jardin à taille humaine. Après trente années d’une totale discrétion, durant lesquelles il a appris par la pratique les caractéristiques du terreau humain, il a choisi une douzaine de plantons, des plus ordinaires d’ailleurs, et les a cultivés avec une grande passion, une immense patience et un amour indéfectible.


Il nous a rappelé qu’on ne fabrique pas la vie… c’est Dieu qui la donne, mais nous avons la responsabilité d’en prendre soin. L’amour, comme tout ce qui est réellement précieux, ne s’achète pas au poids, ne se vend pas au mètre, il est issu d’une semence qui va s’offrir, mourir, germer, pousser… Il faudra le cultiver, l’entretenir, le nourrir, l’arroser, l’émonder parfois.


On ne possède pas un jardin, on en prend soin et il nous le rendra.

La Pâque nous rappelle que le Grand Jardinier a fertilisé le terrain de nos cœurs en s’offrant lui-même, comme le meilleur des composts. Il est aussi ce grain fertile qui n’a pas reculé devant la mort afin que sa vie se multiplie et produise d’autres grains, d’autres jardiniers.


Notre planète souffre, habitée par des humains prisonniers de leur propre folie ; ils s’autodétruisent en voulant posséder, contrôler, accumuler sans fin. Ne participons pas à cette folie.

Nous ne pouvons pas changer le monde, Dieu lui-même ne nous le demande pas. Ayons la sagesse de délimiter notre petit jardin, si le Christ s’est contenté de faire pousser une douzaine de plantes, n’essayons pas de faire mieux que lui.

Cultivons avec passion, amour et patience les quelques plantons qui nous ont été confiés. Ne soyons pas inquiets pour la suite, selon sa promesse[2] chaque plante porte sa propre semence pour transmettre la vie plus loin. Nous ne sommes les propriétaires ni de la vie ni du sol qui la nourrit.

Nous aurons ainsi une vie simple, mais bien remplie, riche de satisfaction, de plénitude même, au milieu des difficultés.

Nous pourrons dire, lorsque viendra la dernière étape de nos existences, j’ai eu une belle vie, j’ai combattu le bon combat, j’ai cultivé le jardin qui m’a été confié ; nous entendrons distinctement, derrière l’invisible frontière, sa voix qui nous accueille : « c’est bien, bon et fidèle jardinier, vient partager ma joie, vient jardiner avec moi… ».


Signé : Un apprenti jardinier.




[1] R. Pulgham [2] Genèse 1. 11-12

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